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Le dernier romantique
Thursday 11 May 2006

Les murs de Cracovie recouverts de son portrait en affiches géantes : la ville de Copernic fête-t-elle le retour de son fils prodigue ? Piotr Anderszewski est beau comme Chopin, mais d'une beauté différente : brune, chaleureuse, ardente, presque italienne. Du fait, peut-être, qu'il est né d'un père catholique polonais et d'une mère juive hongroise ? «Cracovie? Mais non. Moi, je suis de Varsovie. Rien à voir entre les deux. Ici, c'est fané,désuet. A Varsovie, détruite pendant la guerre et mal reconstruite, c'est le bouillonnement de la vie.» Si je comprends bien, c'est un peu comme entre Florence et Milan. Florence-musée, distinguée et ennuyeuse, et Milan-cratère d'énergie en fusion... Admirable Cracovie : légèrement restaurée après les ravages de l'époque communiste, mais pas trop, préservée du massacre à prétentions touristiques qui a défiguré Prague à jamais. Si vous voulez vous faire une idée de ce qu'était la civilisation de l'Europe centrale, il faut aller à Cracovie : alliance unique du Moyen Age, de la Renaissance et du baroque, en de hautes maisons pointues le long de rues sinueuses qui débouchent sur des places mélancoliques. Et, dans ce décor pas si fané, pas si ennuyeux que cela, une population incroyablement jeune : garçons et filles jusqu'à minuit dans la rue, comme en Espagne. Avec ce quartier plus populaire que Piotr affectionne, Kazimir, l'ancien ghetto juif, qui regorge de bars restés intacts, où l'âme slave rumine ses espoirs et ses déceptions.

Comment peut-on être polonais ? La Pologne n'a été libre que pendant vingt ans, entre les deux guerres, et à nouveau depuis peu. «Cracovie, c'est la Galicie! C'est l'Autriche!» Remarque où perce l'antique ressentiment contre une des puissances longuement occupantes, avec la Prusse et la Russie.«Les Polonais se serrent les coudes dans la détresse, mais, quand tout va bien, que d'intrigues, de jalousie!» Piotr Anderszewski, lui, se sent latin. «Je vis à Paris, mais j'aime l'Italie avant tout.» Il revient de Ferrare et me vante l'excellence des raviolis à la courge. L'Italie avant tout : pas étonnant, à l'entendre discuter sur la cuisine et les gâteaux avec la même gourmandise raffinée qui met ses interprétations de Chopin, de Bach, de Mozart, de Beethoven, de Szymanowski (le grand compositeur polonais du xxe siècle, encore si injustement méconnu) au premier rang du piano international. Les concertos de Mozart, il les dirige de son instrument : il faut le voir alors, pétrissant l'orchestre et modelant de ses belles mains la pâte musicale, qu'ilembrase d'une chaleur passionnée, comme s'il la cuisait dans un four.

Amour de la vie, allié à une exigeante recherche de la forme et à la religion du travail : tel est le secret du cocktail Anderszewski. En 1987, il a la chance inouïe d'obtenir une bourse pour Los Angeles. Imaginons l'éblouissement du jouvenceau : débarqué d'une province sous-développée, le voilà propulsé dans le postmoderne. Mais il se sent si mal dans le monde anglo-saxon, lui, le Latino-Slave qui se délecte à la lecture de Thomas Mann, Hermann Hesse et Gombrowicz, qu'il repart avant la fin du contrat, abandonnant les avantages de la société capitaliste pour revenir volontairement dans le totalitarisme poussiéreux de la Pologne d'avant juin 1989. Mais qu'importe, puisqu'on y sert bien mieux la musique ? «Les professeurs, aux Etats-Unis, sont de haut niveau, des stars, mais ils s'occupent d'abord de leur carrière,sans s'intéresser aux élèves. On n'apprend rien avec eux.»

Piotr est si sévère avec lui-même qu'au seul concours auquel il ait participé, à Leeds, en 1990, il est finaliste mais se retire deux minutes avant d'avoir terminé son morceau, à la consternation du jury, qui s'apprêtait à le couronner. Mais lui n'était pas satisfait de son exécution, et trouvait «insupportable» que les autres concurrents aient été éliminés.

Magnifique caractère : généreux, impulsif, le contraire du fonctionnaire du clavier comme la dureté de la compétition en fabrique tant aujourd'hui. Un nomade qui vit à Paris dans une seule pièce et pourrait aussi bien emporter son piano sous d'autres cieux, un amant de la beauté, laquelle n'a ni patrie ni lois, un quêteur d'absolu brûlant d'une fougue romantique. Bref, un authentique Polonais, issu de la Pologne, c'est-à-dire, selon Jarry, de Nulle Part. Il ne croyait pas si bien dire, Père Ubu : de Nulle Part, comme la musique, comme la beauté, comme la poussière d'étoiles qui s'envole du piano.

Dominique Fernandez © 2006 Le Nouvel Observateur.

Reproduced with permission
Web link: Le Nouvel Observateur


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