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Musiques en été, Genève - Le Temps
Friday 8 August 2008

Le bonheur du soir, mardi, était le pianiste Piotr Anderszewski. Ce musicien d'origines polonaise et hongroise (LT du 5.08.08) a fait sensation à Verbier avant de conquérir Genève, et sa carrière le projette désormais partout, de New York à Tokyo.

C'est un cas singulier, un athlète doux qui semble au départ vouloir ne pas séduire. Le toucher est percussif à en devenir dur. Tout manque d'assise, comme si une rage s'emparait de lui devant la Deuxième Partita de Bach qui effectivement lui résiste.

On pense à Sviatoslav Richter, qui était comme cela aussi: parfois rien n'allait, on aurait dit qu'il voulait tuer son piano.

Mais dès Mozart et sa Sonate en do mineur KV 457, on commence à comprendre: ce jeu ambivalent, qui revendique à la fois l'expression et la rigueur, construit un théâtre où les thèmes sont des personnages, les mouvements des actes.

Schumann, et son Humoreske, est tout pour lui, inouï de virtuosité déchirante, de murmures et de hâtes, comme pris par la fièvre d'avoir tout dit avant qu'il ne soit trop tard.

En fin de concert, revenant à Bach avec la Première Partita, Piotr Anderszewski s'est trouvé: les ruptures de ton ont conquis leur éloquence, les colères leur puissance narrative, les suspensions de la «Sarabande» une sublime pureté vocale. Et il gagne cette fois le combat dans la «Gigue» finale, impitoyable cavalcade où son courage et sa force ne connaissent plus d'obstacles, joignant la joie à l'effort, la délicatesse au drame. L'absolu au bout des doigts.
Source: Le Temps


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