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Victoria Hall, Geneva - Le Temps
Saturday 20 April 2013

Après avoir mené une interruption de carrière, Piotr Anderszewski est de retour à la scène, très en forme. Jeudi soir, au Victoria Hall de Genève, le pianiste polonais a donné le meilleur de lui-même, en particulier dans la Fantaisie Opus 17 de Schumann. Une oeuvre quil est difficile de saisir dans sa globalité, qui réclame à la fois du souffle et une grande délicatesse.

A 44 ans, Piotr Anderszewski continue à se mettre en danger. Il aime les oeuvres qui ne vont pas de soi, comme ces pièces tirées du cycle Sur un sentier broussailleux de Janácek, dont le caractère tourmenté et imprévisible sied à son tempérament. D'emblée, on retrouve le toucher si caractéristique d'Anderszewski: un mélange de candeur et de puissance incisive, de lyrisme et de force un rien brutale.

Après la 5e Suite française de Bach, à laquelle il confère une touche rococo (le jeu se fait un peu sentimental dans la «Sarabande»), Piotr Anderszewski aborde la Fantaisie Opus 17 de Schumann . Il s'élance dans le premier mouvement, à la fois péremptoire et d'une grande finesse. Cette fragilité est au coeur de la musique de Schumann. Anderszewski domine les écueils d'une partition riche en ruptures de ton. Il se love dans les épisodes plus mélancoliques (le splendide «Im Legendenton»), et fait ressortir toutes les dissymétries au sein dune forme parfaitement achevée.

[...] Le dernier mouvement, si poétique, est d'une grande beauté. Le pianiste se laisse bercer par la houle des harmonies, dans un flux de textures moirées et irisées. Il y a là une liberté de ton associée à une grande profondeur de sentiment.

En seconde partie, Anderszewski confère toute leur poésie brute aux pièces de Janácek. Il offre enfin la 3e Suite anglaise de Bach. Le pianiste anime les lignes polyphoniques en jouant sur la pulsation rythmique et l'échelle de nuances. Il juxtapose les deux «Sarabandes» laissées par Bach, l'une tourmentée, l'autre silencieusement douloureuse. Son jeu est ici moins décoratif que dans la 5e Suite française . En bis, il offre un instant de grâce  une grâce ailée  avec la «Sarabande» tirée de la 1re Partita .
Source: Le Temps
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