| Vers une réinterprétation des Variations Diabelli |
C'est sûr que chaque fois que je reviens à cette oeuvre, l'exercice le plus difficile - pas seulement dans cette oeuvre d'ailleurs, mais cette oeuvre particulièrement - c'est de désapprendre, parce que d'ailleurs je pense que
dans l'apprentissage en musique, le plus difficile est de désapprendre. C'est le travail le plus pénible et le plus important je pense à faire. Comme je jouais cette oeuvre beaucoup de fois avant, j'avais une relation très particulière et très forte à l'oeuvre. En la reprenant encore une fois
après, je crois, deux, trois ans de pause, il n'y aurait rien de pire que d'essayer de retrouver la même émotion. Non, il faut désapprendre l'émotion qu'on connaît déjà et en trouver une nouvelle, une fraîche, bien sûr sur la base ancienne. Il y a peut-être des choses qui vont se rencontrer - c'est
pas qu'on change radicalement, non, je pense que les bases restent les mêmes, mais il faut réinventer les choses comme si on les découvrait fraîchement pour la première fois, avec l'émerveillement que ça apporte.
Désapprendre une partition... Ça concerne pour moi personnellement aussi à désapprendre à faire du piano. Je passe des journées entières à désapprendre... Pourquoi? Parce qu'il n'y a rien de pire que de bien faire du piano - je trouve que c'est presque immoral! Bien faire du piano, c'est humiliant pour moi.
(entretien lors de l'émission Ça me dit, l'après-midi, diffusée le 2 décembre 2006 par France Culture)
Photo: © Robert Workman/Virgin Classics 2007
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