| Anderszewski sur Szymanowski |
Je me trouvais assez longtemps dans une impasse après avoir travaillé et interprété les Variations Diabelli de Beethoven. C'était un sentiment d'une telle plénitude que de côtoyer cette oeuvre de si près.... Mais le problème était que toute oeuvre que j'essayais d'aborder après, semblait si pauvre, si superflue....
Je me suis lancé dans Szymanowski un peu contre mon gré. Je sentais de la répulsion pour cette musique, pour son exubérance, son manque d'économie de moyens, mais intuitivement j'ai dû sentir quelque chose - une possibilité, une potentialité toute nouvelle - et me suis donc lancé dans ce qui était pour moi un univers inconnu et étranger. Il s'agissait des 'Métopes'.
Naviguer un océan inconnu, est angoissant et peut causer d'horribles souffrances. Ça a été le cas. Mais quelle satisfaction, quel émerveillement lorsqu'un continent nouveau surgit à l'horizon et que le monde s'avère beaucoup plus vaste que l'on a pu imaginer! Ça a aussi été le cas.
La difficulté de Szymanowski consiste à trouver le fil conducteur, cette ligne qui nous mène de la première note à la dernière. Cette ligne est très souterraine chez lui, elle n'est pas visible au premier coup d'oeil. C'est peut-être pour ça que cette musique est peu jouée. Pourtant une fois qu'on découvre, qu' on a compris, entendu cette ligne, sa musique devient d'une évidence... d'une limpidité... et d'une inévitabilité quasi Mozartienne! Je me souviens bien de ce jour où cette 'ligne interne' inévitable s'est révélé à moi la première fois. C'était dans 'Calypso'. Ma jouissance était extrême.
Szymanowski est un de ces génies chez lesquels la pure inspiration et le texte musical ne font qu'un. Malgré la complexité et le raffinement de son écriture, l'élan musical reste absolument intact. Rien de cet élan ne se perd pendant ce procès de 'matérialisation', de 'mise sur papier' de sa musique.
Photo: © Robert Workman/Virgin Classics 2007 |